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C A N A L   S A I N T   M A R T I N
LB R O C A N T E   S U B A Q U A T I Q U E

[Paris le 20 janvier 2001]


L’interdiction à la circulation routière des berges du canal saint Martin le dimanche entre 10 et 18 heures si elle participe d’une louable intention ne constitue qu’une légère amélioration au regard du vaste projet de réorganisation de la vie dans le 10ème. En effet, la mise à disposition d’un tel espace de manière hebdomadaire, passé l’effet de surprise, est vite ressentie par l’utilisateur lambda comme un échappatoire dérisoire au regard de ses préoccupations et récriminations quotidiennes relatives à la propreté des trottoirs ou encore la pollution. Les idées ne manquent pas pourtant.

Comme d’autres quartiers, le 10ème arrondissement n’échappe pas à la mode des brocantes et autres vides grenier. Ces lieux de convivialité quelque peu artificiels se révèlent parfois être à l’origine de splendides découvertes.

Ainsi, mon voisin E.., grand connaisseur en matière de musique militaire, a-t-il pu se procurer au mois de septembre dernier lors du vide grenier de la rue de Metz, le disque du 602ème régiment de circulation routière de Dijon, certes méconnu mais qui n’en est pas moins un chef d’œuvre dans son genre.

 

Les bords du canal saint Martin accueillent eux aussi régulièrement ce type de manifestation. Les eaux dudit canal peu propices à la pratique de sports aquatiques pourraient cependant se prêter à l’organisation d’une brocante subaquatique. En effet, lors de la réfection des bas fonds de cette vaste étendue d’eau n’y a t-on pas trouvé outre les désormais classiques carcasses de voiture et autres appareils électroménagers, des objets plus insolites tels que des bijoux ou encore des fausses pièces de monnaie mérovingiennes.

 

Peu ou pas de cadavres humains ou animaux, ce qui constitue un handicap pour une foire à la ferraille et au jambon. Il pourrait être remédié à ce petit inconvénient en s’inspirant d’une pratique chère à nos amis chasseurs qui consisterait à déverser dans ledit lieu quelques jours auparavant des morceaux de cochonnailles hermétiquement enveloppés dans du polystyrène plombé.

 

Se pose alors l’inévitable question de la sécurité des lieux. Par les temps qui courent, une mauvaise rencontre est vite arrivée. Les charmants petits animaux qui de compagnie deviennent encombrants tels que les crocodiles et autres anacondas peuvent constituer un trouble pour l’organisation de ce type de réjouissance. En effet, certains, las de leur vie domestique, n’hésitent pas à se jeter dans le grand bain et s’orientent vers les bassins du canal plus conviviaux et accueillants que la baignoire ou le lavabo dans lequel ils se trouvaient jusque là confinés. Une solution consisterait à munir chaque personne candidate à la pratique de ce nouveau sport d’un sachet de farine animale afin d’écarter le ou les importuns et lui permettre de chiner tranquillement.

 

Des filets à papillons et des parachutes ascensionnels seraient mis à la disposition de nos gentils chineurs éclairé (GCE) afin qu’ils puissent, une fois leur choix accompli, redonner vie aux objets sur lesquels ils auraient jeté leur dévolu.

 

A plus long terme, ce projet pourrait constituer un début de réponse à la vie amphibie à laquelle il nous faudra peut être retourner compte tenu de la lente mais inexorable montée des eaux consécutive au réchauffement de la terre.

Foison De Bon Aloi

© www.paris10eme.com (textes et photos) - janvier 2000