La Maison Européenne
de la Photographie propose jusqu'à la fin du mois de janvier une rétrospective
consacrée à Raymond Depardon ainsi qu'une présentation de ces derniers travaux dont la
thématique est les "détours".
Raymond
Depardon c'est le regard d'un photographe sur l'histoire politique du monde mais aussi
l'histoire de ce photographe qui croise sur son chemin l'histoire du monde. Alors, on
retrouve toujours chez Depardon des photos associées à du texte ; un texte intime celle
d'un homme témoin, d'un homme meurtri, parfois par les images que lui renvoient ce monde
comme à Beyrouth où Depardon photographie cette guerre. Depardon écrit qu'il a peur.
Peur pour lui, peur de voir la violence de la guerre. Il ne se cache pas derrière
l'objectif. Les photos de reportage de Depardon sont des photos de la fragilité. Il est
là tout seul au milieu des événements de l'histoire, témoin humain est sensible.
Pour son
travail à l'asile de San Clemente (en Italie) Depardon a décidé d'arrêter son travail
le jour où il n'a plus eu peur des aliénés. Depardon a travers son travail cherche par
les peurs à se retrouver au plus profond de lui. Dans ses incertitudes, les craintes d'un
homme.
Ainsi cette
exposition permet de suivre le travail de Depardon photographe ou grand reporter et grâce
aux textes présentés de suivre le parcours de Depardon l'homme vivant et si fragile
(mélancolique comme il aime à le dire). Combien de fois Depardon veut fuir le théâtre
de ces guerres, des horreurs. Son oeil, et non son objectif, a parfois trop vu la douleur.
Serge Daney
à propos de Depardon écrivait : "Depardon, photographe puis cinéaste, puis auteur
de films, devient l'inventeur au jour le jour de sa propre vie imagée". C'est bien
cela le travail de Depardon.
A travers cette exposition vous découvrirez donc un échantillon
du travail de Raymond Depardon. Cette rétrospective est complétée par le dernier
travail du photographe consacré au thème du "Détours". Un détour ? Plutôt
une errance du photographe seul à travers le monde et l'espace. Les photos montrent un
ennui pour ce photographe qui a besoin de
photographier la vie. Les photos de "Détours" nous montrent des espaces vides,
loin de la vie du monde si chère à Depardon. Dès lors, le travail de Depardon est moins
intéressant et on sent que le photographe est à la recherche d'un "quelque
chose" dans cet espace vide. Peut être le travail d'un homme qui a trop vécu, trop
vu le monde qui cherche, désormais, à s'isoler, loin. Peut-être
une retraite pour se retrouver...
Exposition
jusqu'au 4 février 2001 de 11 à 20 h sauf le lundi et mardi (gratuit le mercredi à
partir de 17 heures) 5-7 rue de Fourcy 75004 Paris (métro Saint-Paul ou Pont
Marie). Entrée 30 FF.
Jérôme
Fréling |