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PEOPLE
LE PETIT MONDE MERVEILLEUX DE LA GARE DE L'EST

[Paris le 19 mars 2001]


garedeest.jpg (97389 octets)Un photographe déambulait dans la salle des pas perdus, spectateur d’une transhumance qu’il suivait d’un regard discret. Spécialiste des défilés, il s’étonnait de ne pas avoir reçu de carton d’invitation. Résigné, il constatait que ses photos autrefois minérales avaient perdu de leur sel depuis qu’il s’était mis au régime... Peu suspect cependant de céder aux nouvelles sirènes de la mode, il continuait de penser "de l’élégance avant toute chose et pour cela préfère l’imper.

Plus loin, Vertige se délassait en écoutant un air de quadrige. Il ne tarderait plus à arriver. A l’heure de la techno, ils avaient tous deux opté pour le tango. Entre eux, l’impair n’était pas de mise. Figurines récemment scotchées sur sépia à l’occasion de noces arrosées, ils militaient pour le bonheur. L’amertume du premier thé ne les avait pas encore effleuré.

garedelest2.jpg (84449 octets)Sous l’oeil d’une caméra de surveillance, un robot nettoyeur s’activait. Chaussée de sandalettes à semelles de crêpe bi-goût, Voltige se matérialisait dans la stratosphère de la gare. Une bulle venait d’éclore sur ses lèvres pour lui délivrer un message publicitaire personnalisé sur les mérites de la nouvelle collection d’été de "La Ligne Claire".

Le soleil déclinait. Perdu dans ses pensées, le photographe s’interrogeait. Ses neurones disparus le tourmentaient. L’émotion procurée par les pixels pourtant restaient vives. Mais au numérique, il préférait l’analogique, témoin d’émotions développées dans le secret de la chambre noire qui le renvoyaient à des souvenirs utérins. A la réflexion, ce n’était peut être qu’un mauvais cliché de plus. Qu’importe, Il songeait désormais à profiter d’une retraite dissipée, laissant à d’autres le soin d’absorber les pilules mégakeywords… stases, censées résorber les maux psychiques de la vie active.

Dans un coin, un dealer s’installait. Détenteur d’une part de la mémoire des lieux il se repassait le film d’une scène de roman de gare au cours de laquelle il avait entendu cette phrase : "je ne suis pas la fille d’une nuit, je suis la fille d’une vie". But don’t forget, songeait-il, the night is young... La fille avait rendu l’âme peu de temps après, un soir de lune froide. Il soupçonnait l’astéroide délix dans le lavabo avec le chandelier. Aucune lumière n'était venue dissiper le mystère malgré un arrêt en gare de la Ciotat.

Le ciel scintillait maintenant de  rats goths, mis en orbite par des commères. Sur la grande roue de la mine d’étain, par wagonnets entiers, ils virevoltaient. La gare allait fermer. Un play boy se dirigeait vers les sex shop voisins. Au loin, l’ombre de sa silhouette flottait dans le halo de fumée vaporisé par les locomotives diesel de la ligne Paris Bâle.

Foison De Bon Aloi

© www.paris10eme.com (textes et photos) - 19 mars 2001