Depuis de nombreuses années déjà, Jérôme Mesnager et Nemo d'une part,
Miss-Tic d'autre part graphent leur alter ego sur des murs abandonnés, des devantures
délaissées par leurs occupants ou encore des terrains vagues. L'Est parisien constitue
leur terrain d'action privilégié.
A quelques semaines d'intervalle, les voilà qui se retrouvent
hébergés le temps d'une exposition dans un cadre plus conventionnel, le long des berges
du canal Saint-Martin.
Karel Beer,
entrepreneur de spectacles et propriétaire de la "Sound Gallery" 104, quai de
Jemmapes, a ainsi proposé aux personnages lunaires et décalés de Nemo et Mesnager de
lui tenir compagnie entre la mi-janvier et la fin février. Le squelette blanc tout en
rondeur témoigne de l'art de Jérôme Mesnager. Celui de Nemo s'exprime à travers
l'ombre d'un homme en imperméable et chapeau de feutre. Outre les photos accrochées à
l'intérieur, l'exposition intitulée "Objectif Murs" a laissé la possibilité
aux deux artistes de revenir à leurs premières amours en leur confiant la décoration de
la devanture du local qui accueillait leurs oeuvres.
De son côté, la galerie Artazart accueille
pendant le mois de mars une exposition consacrée au travail de Miss-Tic.Les idées
tantôt coquines tantôt calines graphées de ci de là ou encore son personnage
volontiers provocateur constituent un univers drôle et poétique. Un seul regret, le
recours systématique à un fond vert et orange sur les toiles exposées qui, s'il relève
de la recherche d'une certaine unicité, laisse une impression d'inachevé qui n'est pas
compensée par la plus grande lisibilité de l'oeuvre qu'un tel parti pris procure.
C'est certainement là que se trouve la limite d'une démarche qui
consiste à vouloir péréniser des oeuvres destinées à "disparaître avant
d'être oubliées" comme le souligne Nemo et pour cela d'utiliser des supports,
la photographie pour Nemo et Mesnager, le tableau pour Miss-Tic, autres que ceux
habituellement employés.Cette démarche témoigne pourtant de l'urgence qu'il y a de
rappeler et défendre l'existence d'un art, le graffiti, par essence éphémère dont la
nécessité titille l'homme depuis la nuit des temps.