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R E X
LD E R N I E R E   F E E R I E   D E S  E A U X  DS I E C L E 

[Paris le 20 janvier 2001]


Achevé en 1932, le Rex, cinéma situé à l’angle de la rue et du boulevard Poissonnière, est depuis 1981 inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

Ce vaste paquebot de style Art Déco inspiré des salles atmosphériques américaines comprenait à l’origine une vaste salle surplombée de deux balcons pouvant accueillir 3300 personnes.

Malgré diverses transformations, aucune modification n’a été apportée à la décoration de ladite salle. Une imposante arche lumineuse entoure encore aujourd’hui l’écran géant. Au plafond scintillent d’innombrables petites loupiottes symbolisant un ciel étoilé. Aux murs figure le décor d’une ville aux accents de péplum hollywoodien. Le chenil et la nursery qui équipaient l’endroit lors de son ouverture, ont désormais disparu.

Mais, l’heure n’est plus à l’émerveillement avec l’apparition ces dernières années des salles multiplex. La direction du Rex l’a bien compris, qui envisage de créer quatre nouvelles salles afin de faire face à la dure réalité de la concurrence. Qu’adviendra-t-il alors des salles qui revendiquent une programmation moins commerciale comme les cinémas voisins, le Max Linder ou encore le Brady. La question reste sans réponse pour l’instant.

Le mois de décembre reste cependant une période propice à la fréquentation des salles obscures et plus particulièrement la grande salle du Rex qui traditionnellement inscrit à son programme à cette époque de l’année un film agrémenté d’un spectacle destinés à attirer les grands et surtout les petits.

C’est alors l’occasion de voir se former de longues files d’attentes composées d’enfants emmitouflés accompagnés de leurs parents qui s’impatientent de ne pas voir plus rapidement venir la récompense d’une fin de matinée ou d’un début d’après midi passé dans le froid.

Rien ne vient les distraire si ce n’est de temps en temps le désir exprimé par l’un de ces chers petits bipèdes d’aller soulager un besoin pressant, une telle requête ayant naturellement le don d’exaspérer l’adulte accompagnateur.

Il paraît pourtant possible de remédier à cette demande en installant parallèlement à la file d’attente une série de toilettes à double vasque. Un tel système aurait l’avantage de rendre le bambin acteur d’une féerie des eaux qu’il était censé subir comme spectateur. Ce pourrait être également l’occasion de jeux, voire de défis pour les plus téméraires.

Mais attention à ne pas confondre lieu d’aisance et lieux publics ! Tout débordement ou manque de loyauté déclencherait une mécanique destinée à châtier le lascar et lui donner un avant goût de la voûte étoilée de la salle.

Outre son aspect éducatif, la mise en place de ce projet permettrait l’éveil à la convivialité chez l’enfant.

Une fois entré dans la salle où il est dorénavant interdit de fumer, l’impatience se lit sur tous les visages.

Un manque certain de réalisme a conduit la direction du Rex à proposer cette année un spectacle conçu par Disney. Il eut été plus judicieux en cette période de vaches folles de programmer un ballet aquatico-bovin. Outre le fabuleux marché que cela aurait constitué pour nos agriculteurs, de substantielles économies auraient pu être réalisées par l’Etat.

Par ailleurs, les dompteurs qui voient leur débouché de carrière se réduire au fur et à mesure de la disparition des cirques auraient trouvé là une occasion de faire montre de leur art.

Et les enfants de s’amuser après avoir libéré les mouches des sacs qu’on leur aurait distribués à l’entrée.

Foison De Bon Aloi

© www.paris10eme.com (textes et photos) - janvier 2000