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La passerelle Solférino  

[Paris le 20 janvier 2001]


En Avignon, il y avait un pont non fini où l'on dansait. 

A Paris, il y avait un pont. Non ! Une passerelle parce que les ponts à Paris sont des autoroutes. Alors, donc, il y avait une passerelle, belle, vue de l'extérieur. Elle était entre les Tuileries et le musée d'Orsay. Elle était ronde, légèrement ronde, toute de bois. Une passerelle pour les badauds qui se "badent" comme le chantait si bien le gamin de Ménilmontant. Une passerelle pour bader, donc. 

Beauté, bonheur, enfin un lieu pour le badaud sans la trouille de l'auto et avoir, ainsi la liberté de courir de bords en bords. A droite le Louvre, à gauche la Tour Eiffel et au milieu coule la Seine...  Bref, le monde merveilleux de Paris et de ses artifices. Elle était là inaccessible. Bataille politique. Elle, là...  

passerelle2.JPG (11902 octets)Elle donnait trop envie. On se promenait ainsi le long de la Seine. On l'espérait sans plus y croire. De vulgaires barrières nous interdisaient le passage. Toujours le désir de passer d'une rive à l'autre, franchir l'interdit, franchir l'impossible...  Malheureusement rien n'était possible alors que l'on avait le désir de passer d'une rive à l'autre, alors qu'on aurait eu envie, peut-être, de dire les mots les plus beaux à l'autre que l'on aime, alors que l'on aurait eu envie, peut-être, de mourir sur cette passerelle de bois belle et ronde. Tout cela était interdit. 

Impossible donc. Comme l'enfant, il faut toujours revenir sur le lieu de l'interdit. Revenir. Regarder avec son regard habitué. 

Regarder. Le soleil d'automne est violent. Beau. Des silhouettes traversent la Seine. Je regarde mieux. Je vois les silhouettes traverser la Seine. L'image est belle comme une carte postale truquée et improbable. L'image est bien réelle ! 

passerelle.JPG (9296 octets)A mon tour de fouler cette passerelle. J'entends le bruit de mes pas sur le bois. Je m'arrête. Face à moi le musée d'Orsay, la Tour Eiffel, le Louvre. J'ai l'impression d'être un nouveau Rastignac ! A nous deux Paris ! Je m'élance. Je marche sur cette passerelle. Sous mes pieds coule la Seine. Je la vois entre les planches. Elle est pleine et agitée en cette saison. Je peux passer d'une rive à l'autre. M'attarder sur les bancs et "bader". Regarder. M'arrêter comme arrêter le temps. Je suis d'une rive à l'autre. Paris m'entoure de toute son imagerie.

Passerelle Solférino entre le jardin des Tuileries et le musée d'Orsay (métro rive droite Tuileries - métro rive gauche Solférino)

Jérôme Fréling

© www.paris10eme.com (textes et photos) - janvier 2000